Cahier des charges de sous-traitance : les 10 points à ne jamais oublier
Définir précisément le périmètre et les livrables
Le flou au démarrage, c'est la source numéro un des conflits. Et ça commence souvent de façon innocente : une conversation verbale, un email vague, une compréhension implicite qui paraît évidente sur le moment. Sauf que six semaines plus tard, chacun défend sa version des faits.
Il faut être extrêmement explicite sur ce qui est inclus dans la mission et, tout aussi important, ce qui ne l'est pas. Le prestataire livre-t-il les contenus uniquement, ou aussi la relecture client ? Les images sont-elles de son ressort, ou fournies par le commanditaire ? Les révisions suite aux commentaires, c'est compté dedans, ou ça coûte extra ?
Listez chaque livrable de manière granulaire :
- Nombre de pages, de sections, de visuels
- Format des fichiers (PDF, HTML, Word, etc.)
- Niveau de finition attendu
- Si applicable : base de données, API, documentation technique
Ajouter deux lignes « Ce qui n'est PAS inclus » paraît lourd ? C'est justement ce qui évite les surprises désagréables. Le prestataire ne fera pas de design si vous n'aviez pas prévu, et vous ne paierez pas pour des ajustements graphiques non demandés.
Fixer les délais et jalons
Un calendrier flou tue les projets. Pas besoin de fixer la date au jour près dans tous les cas, mais chaque jalon doit avoir une date limite claire. Et surtout, réaliste.
Beaucoup de mauvaises expériences viennent du fait que les délais ont été définis sous pression, sans réfléchir à la logistique réelle. Combien de jours de travail pour rédiger 50 pages ? Combien pour les approvals internes du client ? Comptez le temps où tout le monde ne bouge pas, les week-ends, les périodes creuses.
Le CDC doit préciser :
- La date de démarrage effectif (pas la signature, le vrai lancement)
- Les jalons intermédiaires avec leurs dates
- La date de livraison finale
- Le délai de réaction attendu pour les feedback (48 h ? 5 jours ?)
- Les conditions de modification de calendrier
Et n'oubliez pas les pénalités de retard, si elles sont pertinentes. Non, ce n'est pas « méchant » de les mentionner. C'est l'inverse : c'est rassurant pour le client que le prestataire ait confiance en ses estimations.
Détailler les spécifications techniques ou qualitatives
« Du contenu de qualité » signifie absolument rien. Pour l'un, c'est fluide et journalistique. Pour l'autre, c'est un texte structuré avec puces et sous-titres. Et pour le troisième, c'est juste que la grammaire soit parfaite.
Les attentes doivent être concrètes et mesurables. Établissez des critères de conformité explicites.
Si c'est du contenu web :
- Longueur des articles (300 à 500 mots ? 2000 mots ?)
- Nombre de titres de niveau 2, d'images, de listes
- Ton et style (formel ? conversationnel ?)
- Utilisation de mots-clés, si SEO impliqué
- Compatibilité mobile, accessibilité (s'il y a code)
Si c'est de la conception graphique :
- Palette de couleurs
- Polices imposées
- Formats de fichiers à livrer (sources + PDF/PNG finaux)
- Respect des normes de marque existantes
Si c'est du développement :
- Language, framework, version
- Tests attendus (unitaires, d'intégration)
- Documentation à fournir
- Performance minimale (temps de chargement, taux de conversion, etc.)
Attachez même un exemple ou un modèle si possible. Ça parle bien plus fort qu'une description abstraite.
Clarifier les responsabilités et niveaux de décision
Qui approuve quoi ? C'est vraiment la question qui tue les projets. Parce que si le prestataire attend l'aval du CMO, mais que le CMO pense que c'est au responsable marketing de décider, vous allez tourner en rond pendant des semaines.
Mettez à plat la chaîne de validation :
- Qui valide les livrables en premier ? (Responsable projet ? Manager ?)
- Jusqu'à quel niveau de decision-maker faut-il remonter ? (CEO ? Comité ?)
- Combien de temps le prestataire attend-t-il avant de relancer ?
- Qui a le pouvoir de demander une modification de scope ? Et quelles sont les implications ?
Nommez aussi les points de contact. Si le responsable projet est absent, qui remplace ? Tout le monde a son numéro, ou juste le manager ?
Et gèrez les escalades. Que se passe-t-il si un désaccord survient entre le client et le prestataire ? Il existe une procédure, ou c'est au jugé ?
Prévoir les modalités de communication et reporting
La bonne communication sauve les projets même mal cadrés. La mauvaise détruit les projets parfaitement cadrés.
Fixez les fréquences :
- Réunions hebdomadaires ou bi-hebdomadaires ?
- Point d'avancement par mail : quotidien, hebdo, mensuel ?
- Qui participe à quoi ?
- Format des comptes-rendus (bullet points, complet, juste les blocages ?)
Définissez aussi les temps de réaction attendus. Est-ce qu'une question du prestataire demande une réponse dans les 24 h ? Dans les 3 jours ? Le client sera jamais disponible pour du « urgent urgent », et ça vaut mieux de le savoir d'entrée.
Les canaux importent aussi. Email pour la documentation, chat pour les questions rapides, appel pour les décisions critiques ? Ou tout par mail pour garder une trace ?
Encadrer les conditions financières
L'argent, c'est délicat, et c'est exactement pour ça qu'il faut l'être explicite à outrance.
Le CDC doit préciser :
- Le prix total ou le tarif journalier/horaire si mode régie
- Ce que couvre ce prix (livrable, révisions incluses, frais annexes ?)
- La modalité de paiement : acompte avant lancement ? Tiers à la signature ? Solde à la livraison ?
- Les frais éventuels : déplacements, achat de ressources externes, sous-traitance
- Comment sont facturées les modifications de scope (tarif additionnel ? au réel ?)
- Les conditions de pénalité ou retenue si le résultat ne satisfait pas
- Les conditions d'ajustement si le projet s'étire
Mention spéciale aux modes régie : si le prestataire travaille au temps, indiquez comment les heures supplémentaires sont traitées. Payées à taux normal ? Sur-facturées ? Gratuites jusqu'à un certain seuil ?
Anticiper les révisions et ajustements
« Combien de rounds de corrections ? » C'est une conversation gênante à avoir, mais elle épargne des mois de friction.
La plupart des prestataires incluront 2 à 3 rounds de révisions. Après, ça coûte. Mais si vous ne le précisez pas, chacun part de son idée : le client pense qu'il peut demander des changements jusqu'à ce qu'il soit 100 % satisfait. Le prestataire pensait que 3 gros changements, c'était ça.
Définissez aussi ce qu'on entend par « révision » :
- C'est corriger les fautes d'orthographe ? Ça compte ou pas ?
- Changer une phrase, c'est une révision. Réécrire trois paragraphes, c'est quoi ? Une ou trois révisions ?
- Et les ajouts de contenu qui n'étaient pas prévus ?
Enfin, établissez un processus pour les modifications de scope qui surviendraient en cours de route. Acceptez-vous les ajustements ? À quel coût ? Faut-il un accord écrit chaque fois, ou le prestataire peut adapter sur la base d'une demande verbale ?
Définir la propriété intellectuelle et les droits d'usage
Qui possède le travail après livraison ? Ça semble bête comme question, mais elle cause des procès.
Généralement, le client possède le travail livré (c'est de la sous-traitance classique). Mais :
- Est-ce que le prestataire garde une copie pour son portfolio ? Ou pas, pour raisons de confidentialité ?
- Peut-il réutiliser les méthodologies, les templates, les frameworks qu'il a développés ?
- Si le client utilise le travail pour autre chose que l'usage prévu, doit-il repayer ?
- Y a-t-il des licences de tiers à respecter ? (polices, images libres, plugins)
Sur la confidentialité : à quel point le travail doit rester confidentiel ? Indéfiniment ? Jusqu'à publication ? Et si le prestataire a signé un NDA avec une autre entreprise qui couvre le même domaine, comment ça s'articule ?
Encadrer les conditions d'arrêt ou de résiliation
Un projet qui s'arrête d'un coup, c'est jamais agréable. Mais ça arrive. Et sans clause, c'est le chaos.
Le CDC doit expliquer :
- Quels sont les motifs légitimes pour arrêter ? (Manquement grave du prestataire ? Décision stratégique du client ?)
- Quel préavis ? (Immédiat si problème grave, une semaine sinon ?)
- Comment sont réglés les travaux en cours ? (Le prestataire est rémunéré à la proportionnelle ? Rien du tout ?)
- Comment transitionnent les dossiers ? Le prestataire donne tous les éléments bruts au client ?
- Y a-t-il des pénalités de rupture anticipée pour le client ?
Prévoyer aussi les cas d'indisponibilité forcée : si le prestataire a un accident, une maladie longue. Qui reprend ? En combien de temps ? À quel coût ?
Documenter les risques, assurances et clauses de protection
Le pire se produit rarement. Mais s'il se produit, autant l'avoir anticipé.
Responsabilité civile : si quelque chose que le prestataire livrait endommage l'activité du client (contenu erroné qui crée un scandale, code qui explose les serveurs), qui paie les dégâts ?
Garanties : le prestataire garantit-il que son travail est original et n'enfreint pas les droits de tiers ? Pendant combien de temps après livraison ?
Recours en cas de litige : vous allez devant les tribunaux ? Arbitrage ? Médiation obligatoire d'abord ? Quel droit s'applique (français, international ?) ?
Si le projet implique des données sensibles (clients, données personnelles), précisez la conformité RGPD attendue et qui en est responsable.
Et si c'est pertinent : assurance du prestataire. Lui vérifiera que son responsabilité civile le couvre pour ce type de prestation ?
Conclusion
Un bon cahier des charges de sous-traitance, c'est l'investissement de quelques heures au démarrage pour économiser des semaines de friction plus tard. C'est explicite, c'est réaliste, et ça traite les cas bizarres aussi bien que les cas normaux.
Ces 10 points forment un socle solide. Personnaliser le document à votre contexte, à votre industrie, à votre culture. Un cahier des charges générique qui prétend couvrir tout échoue toujours sur les détails qui comptent vraiment.
Et si vous avez besoin d'un regard neuf sur votre structure de sous-traitance, ou de redéfinir vos cahiers des charges existants, c'est exactement le genre de mission où l'expertise stratégique fait la différence.



